jeudi 28 novembre 2013

#Généathème - Novembre

Pour la première fois, je participe au #Généathème que lance chaque mois La Gazette des Ancêtres. C'est une très bonne idée, qui permet d'aborder des thèmes différents, d'avoir de l'inspiration pour un article et surtout de comparer et partager avec les autres généalogistes. Si je n'en ai fait aucun, c'est que jusqu'à maintenant je n'avais pas eu le temps.

Le thème de ce mois est Nos ancêtres et la Première Guerre Mondiale. Toutes les familles françaises ont été touchées par la Grande Guerre. Mon AAGP, Michel Eugène Arthur RICHARD est décédé à l'âge de 27 ans dans les premiers combats d'août 1914. J'avais déjà un peu raconté son parcours dans un précédent article. Pour lui rendre hommage, je vais présenter sa vie d'une façon un peu plus originale, sous la forme d'un abécédaire, à la manière du Challenge AZ.



*A comme Abreschviller. Petit village mosellan, alors en Lorraine allemande, où il est mort au combat.

*B comme Bâtard. Certes, le terme est assez violent, mais c'était bien le cas de Michel; sa mère était veuve depuis 2 ans quand il est né...

*C comme Col. Quand la guerre éclate, la première mission de son Régiment est d'occuper les cols du massif vosgien. Le 7 août, leur premier travail est de fortifié le Col d'Anozel, près de l'Alsace allemande.

*D comme Disparition. Le 21 août 1914, après les combats à Abreschviller, il n'est ni dans les blessés, ni dans les survivants, et on ne retrouve pas de cadavre à son nom: il est donc porté disparu, comme la majorité des tués ce jour là.

*E comme Ennemi. Sa première rencontre avec l'ennemi allemand date du 9 août 1914. Alors que sa compagnie s'installe tout près de la frontière, un bi-plan teuton les survole en début de matinée. Peu après, nos français passent la frontière, et une terrible bataille commence vers midi. Elle se termine tard dans la soirée.

*F comme Femme. En 1910, à l'âge de 23 ans, il épouse Marthe DUMAS, jeune fille de 19 ans, née dans la Nièvre et installée dans les Vosges pour travailler.

*G comme Grade. Michel est simple soldat de 2ème classe en 1914, et il n'aura pas l'occasion de monter en grade par la suite.

*H comme Hélène. C'est le prénom de sa fille. Elle naît en décembre 1914 à Épinal. Ce sont des militaires qui la déclarent à la mairie, son père étant absent, puisqu'en campagne. En réalité, il est mort depuis 3 mois, mais personne ne le sait dans sa famille.

*I comme Infanterie. Il était biffin au 149ème Régiment d'Infanterie, basé à Épinal. L'Infanterie est alors décrite comme la "Reine des Batailles".

*J comme Jugement. En juin 1920, près de 6 ans après sa disparition, le Tribunal Civil D'Épinal rend un jugement dans lequel il le déclare tué à l'ennemi. Sa famille le sait déjà, mais la situation devient officielle, ce qui aide pour les pensions.

*K comme Kronprinz. En août 1914, lors de la Bataille de Lorraine, c'est le Kronprinz Rupprecht qui a le commandement des troupes allemandes engagées face à la Ière Armée française dont fait partie Michel. Après avoir contenu l'attaque française, le Kronprinz lance une grande contre-offensive à partir du 20 août, qui sera très meurtrière pour nos troupes.

*L comme Légitimation. Michel, qui est né de père inconnu, est reconnu par sa mère en janvier 1908... il a alors 20 ans! Pourquoi l'avoir reconnu si tardivement?

*M comme Mort pour la France. Étant tué à l'ennemi, il a droit à la mention de "Mort pour la France". Mention créée en 1915 pour honorer ceux qui sont tombés pour la patrie.

*N comme Nom. Son nom a été gravé sur le grand Monument au Mort d'Epinal. Comme il n'a pas de tombe, c'est le seul endroit où sa famille peut se recueillir.

*O comme Ouvrier. Avant de partir à la guerre, il était ouvrier dans les grandes usines textiles implantées dans les Vosges par les Alsaciens réfugiés après l'annexion de leur région en 1870.

*P comme Pierre. C'est le prénom de son premier bébé, né en 1909. Il a donc été légitimé par le mariage de ses parents en 1910, Michel ne voulant certainement pas que son fils grandisse sans père, comme ce fut son cas.

*Q comme Quartier Courcy, le nom de la caserne du 149ème de ligne à Épinal. Michel y a également fait son service militaire en 1907.

*R comme Route de Remiremont. C'est l'adresse de Michel et sa famille quand la guerre éclate. C'est un quartier de logements ouvriers dans la banlieue d'Epinal.

*S comme Saint-Père. Le 21 août 1914, le jour de la mort de Michel, le monde apprenait le décès du Pape Pie X.

*T comme Tribunal. D'autres jugements ont lieu après celui qui officialise la mort de Michel en 1920. En 1924, sa fille Hélène est adoptée par la Nation, et en 1928, elle devient Pupille de la Nation, comme la plupart des orphelins de guerre.

*U comme Uniforme. Au début de la guerre, les soldats français ont encore le vieil uniforme avec le pantalon rouge, une vraie cible pour les Allemands. Ca sera une des causes des carnages des premiers mois, avant que l'Etat-Major n'adopte la tenue bleue-horizon.

*V comme Veuve. Après le décès de Michel, sa femme Marthe est donc devenue Veuve de Guerre. Elle se remarie quelques années plus tard.

*W comme Wisenbach. Petit village alors à la frontière entre la France et l'Alsace allemande. C'est dans ce secteur qu'eut lieu le baptême du feu du régiment de Michel, le 9 août.

*X comme XIXème siècle. Il est né en 1887, il est donc de la classe 1907, et il avait donc 26 ans quand il est mort.

*Y comme ... aucun mot ne m'est venu à l'esprit, donc j'en profite pour dire que le 21 août 1914, jour de la mort de Michel, est l'une des journées les plus sanglantes de la Grande Guerre

*Z comme Zainvillers, du nom du hameau où il est né en 1887.



Comme les 455 soldats français tués ce jour là, le corps de Michel a été inhumé à la Nécropole Nationale de La Valette. N'ayant pu être identifié, il repose dans l'un des ossuaires de la Nécropole.

Nécropole Nationale La Valette à Abreschviller / (c) Google Earth


mercredi 20 novembre 2013

Un nouveau département (2)

Rappelez-vous: il y a quelques temps, j'avais fait un article pour signaler que mes recherches généalogiques s'étendaient à un nouveau département; à lire ICI. Et bien, c'est officiel, un 13ème département vient de s'ajouter à la liste!



La Loire fait désormais partie de ma généalogie. 9 générations me sépare de mon ancêtre ligérien. Il s'appelait François DUMAS, né en 1740 à Juré, près de Roanne. Il quitte sa famille pour venir s'installer 200km plus loin, en Bourgogne. En effet, il épouse à l'âge de 29 une jeune bourguignonne dans le village de Saint-Benin-D'azy, dans la Nièvre. Pour quelles raison a-t-il effectué ce périple? Aucune idée, peut-être pour le travail; lors de son mariage, il est domestique. En tout cas, ses descendants s'installent durablement dans la Nièvre, jusqu'à ce que l'un d'entre eux vienne s'installer dans les Vosges plus d'un siècle plus tard.

De nouvelles aventures généalogiques en perspective dans ce département lointain! Pour finir, voici le premier acte de mon arbre venu de la Loire.

Registres paroissiaux de Juré / AD42



samedi 29 juin 2013

Un soldat mort

Registres paroissiaux de Bains-les-Bains / AD88

Le neuf febvrier mil sept cent quarante six Il y
a eu un soldat comme on la remarqué
par ses habits tué au Charmois devant Bain
dont le cadavre a été levé par la Justice
de Fontenois le Chateau, et qui a été inhumé
dans le cimetiere du costé de lepitre le dix[ieme]
des memes mois et an, avec les ceremonies
accoutumées, la terre Sainte ne lui a eté accordée
qu'a la requisition du Procureur d'office et de l'atestation
du Sr Charles Doucet ancien Brigadier des gensdarmes
qui a dit quil etoit de Luneville ou la religion
catholique, apostolique et romaine s'observe.

Un soldat mort a donc été retrouvé à Bains-les-Bains. Il devait porter un uniforme, puisque c'est ainsi qu'il a pu être identifié. En 1746, l'Europe est en pleine Guerre de Succession d'Autriche. Ce (jeune?) soldat a-t-il pris part à ces combats? À l'époque où l'acte est rédigé, les Français entraient dans Bruxelles.

La religion était très importante puisque pour être enterré dans le cimetière ("en terre sainte"), il fallait prouver son appartenance à la religion catholique. Par chance, le cadavre a été identifié par un ancien militaire, et comme il était (selon le témoin) originaire de Lunéville, distante de 70km, il a pu être enterré comme un bon chrétien. Lunéville est alors la capitale princière de la Lorraine; les Ducs étant de fervents catholiques, il ne saurait y avoir de protestants dans leur capitale!


Premier billet posté sur ce blog après un an d'absence, j'ai eu très peu de temps pour me consacrer à la généalogie, mais heureusement, me voici de retour.

mardi 5 juin 2012

Un meurtre en 1710

Registres paroissiaux de Harol / AD88

L'an de grâce 1710  le 22 d'aoust on a trouvé un homme
assassiné et egorgé dans la maison de nicolas thomas de longeroys
qui l'avoit logé pour l'amour de Dieu avec un autre qui estoit
l'assassin. La justice ayant donné main levée du corps il a esté
enterré le 23 du meme mois au cimetière de Haro avec les
cérémonies accoutumées, ce jeune homme se disoit du coté de St-Loup.

Un meurtre a donc été commis à Harol en 1710. C'est un petit village à 20km d'Epinal, dans la plaine vosgienne. Longeroye est le hameau principal du village, avec La Rue. Aujourd'hui, les 2 hameaux sont collés. Aucun habitant du village n'est impliqué dans ce meurtre, il s'agit sans doute d'une dispute entre 2 étrangers venant de Saint-Loup (Saint-Loup-sur-Semouse, dans la Haute-Saône voisine). Il doit surement exister jugement ou un procès dans les Archives Départementales des Vosges. Si quelqu'un y va un jour... ce serait intéressant de connaître les raisons de ce meurtre sauvage (le pauvre a été égorgé!)


mardi 3 avril 2012

Pèlerinage

Registre des sépultures de Ramonchamp - 1785 / © AD 88

Humbert Vaulo garçon originaire de Fougerolles agê d'environ Quinze ans
et demi fils de Jean Vaulo lorsquil vivoit manoeuvre au dit lieu et de Jeanne
Françoise Bernardin ses pere et mere est décédé à l'Etraye à huit heures
du soir le vingt cinq aoust mil sept cent quatre vingt cinq après
une maladie convulsoive de sept ou huit heures, qui a oté [...]
la connoissance cequi a fait qu'on a pû lui administré que les
sacrements de pénitence et d'extreme onction. Le lendemain son
corps a été inhumé dans le cimetière de la paroisse par moy soussigné
avec les cérémonies prescrites en présence de Deile Avé aussi
manoeuvre résidant à Fougerolle lequel accompagnoit cet
enfant dans le pelerinage de Ventron dont ils etoient de retour
et de Jean Fevet manoeuvre à l'Etraye témoins requis connus
soussignés avec moy [etc.]

Trouvé cet acte de sépulture dans les registres de Ramonchamp, un petit village aux confins des Vosges et de la Franche-Comté. Il y est question de la mort d'un enfant de 15 ans ½, décédé en août 1785 après une nuit entière de souffrance due à une maladie provoquant des convulsions: peut-être une crise d'epilepsie? Mais le mal a duré plusieurs heures!

Le jeune garçon était accompagné d'un adulte. Ils étaient originaire de Fougerolles, aujourd'hui en Haute-Saône, à une trentaine de kilomètre à l'ouest de Ramonchamp. En fait, ils n'étaient que de passage à Ramonchamp: ils étaient sur la route du retour de leur village après être allée en pélerinage à Ventron. Ventron (prononcer Vènetron) est un village se situant dans une vallée voisine de celle de Ramonchamp.

La Chapelle du Frère Joseph à Ventron

Mais quel pélerinage pouvait-il y avoir à Ventron? Il s'agit de celui du Frère Joseph. Né en 1724 dans un petit village de Haute-Saône, Pierre Joseph FORMET (de son vrai nom) est enrôlé dans l'armée à l'âge de 17 ans. Là, ses supérieurs sont surpris par sa grande dévotion, se levant au milieu de la nuit pour prier à genoux. Lorsqu'il quitte l'armée, un supérieur lui conseille de devenir ermite. C'est ce qu'il fera. Il part dans les montagnes vosgiennes, encore sauvage. Il vit dans les forêts profondes, se consacrant uniquement à Dieu. Mais les villageois du coin voient d'un mauvais oeil ce vagabond, et il part finalement dans la forêt de Ventron, où il vit au pied d'un arbre, sous des branches, mangeant des racines et passant sa journée à prier Dieu. Les habitants du village s'interroge sur cet homme qu'ils voient uniquement le dimanche à l'église, seul, ne disant rien. Finalement, ils le découvent par hasard sous son tas de branches dans la forêt, et décident de lui construire une chapelle où il pourra se consacrer à Dieu et à ses mortifications. Nous sommes en 1751.

En 1784, après 33 ans de dévotion, l'Ermite, connu désormais sous le nom de Frère Joseph, meurt. Durant tout ce temps, les gens du coin lui ont attribué des guérisons inexpliquées, voire des miracles. Par exemple, il aurait ressuscité l'enfant mort-né d'un habitant du village! C'est pourquoi, de toute la région, des paysans venaient le voir. Ce qui explique que sa mort fit grand bruit en 1784, comme le montre son acte de sépulture rédigé à Ventron.

Acte de sépulture de Frère Joseph - 1784 - Ventron / © AD 88

Revenons à notre jeune garçon de 15 ans. Il est donc mort un an seulement après la disparition du Frère Joseph. En fait, après la mort de l'Ermite, un pélerinage s'est mis en place: tous les derniers dimanche de juillet, une vaste procession à lieu à la Chapelle, sur les hauteurs de Ventron. D'ailleurs, notre garçon est décidé en août, sur le chemin du retour du pélerinage. Peut-être a-t-il participé à cette procession de fin juillet? En tout cas, cette histoire avait un rayonnement régional, puisque les 2 pélerins venaient de la province voisine, à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu de pélerinage. Ce gamin avait peut-être une maladie à guérir?

Le pélerinage existe toujours aujourd'hui. Un hôtel a été construit à côté de la chapelle, et une piste de ski domine désormais le lieu. Elle a pris le nom du Frère Joseph.


Sources:

jeudi 26 janvier 2012

Merci la Nièvre!

La Fermeté dans la Nièvre © Cassini

Une bonne nouvelle pour tout ceux ayant des ancêtres dans le département de la Nièvre: les AD ont commencé la mise en ligne des registres d'état-civil de 1791 à 1862. Jusqu'à présent n'étaient disponibles que les Tables et les Recensements. Un grand pas en attendant la mise en ligne prochaine de tous les registres paroissiaux, dans le courant de l'année 2012. C'est dur le site des AD58.

Pour ma part, j'ai pu commencer à rechercher mon unique branche nivernaise qui débute avec la naissance de mon Sosa n°46, Pierre DUMAS, le 9 septembre 1862 à la Fermeté. Il partira pour les Vosges, en pleine révolution industrielle.

Naissance de Pierre Dumas © AD 58

lundi 26 décembre 2011

1769 & 1770

Registre des décès de Pouxeux / © AD 88

Dieu preserve les siecles avenir d'années
semblables à celles de 1769 et 1770 en la première
nous avons étés grelés de façon a ne pas faire
recolte d'un grain de seigle et la seconde Dieu
ouvrit les cieux et en deux heures toute la
superficie de la terre ne fut plus qu'une nappe
d'eau qui forma des cavités qui seront à jamais
les thémoins de ce nota neuf personnes furent
noyé à eloy et plusieurs maisons renversées
le cimetiere de pouxeux raviné en partie - Gremillet

À l'aube de la nouvelle année, il est parfois bon de se retourner pour regarder ce que furent les années passées.
Quelques jours avant 2012, en se retournant et en regardant loin (il faut avoir une bonne vue!), on a encore quelques échos des années du XVIIIème siècle. Comme ici, où le curé de Pouxeux rapporte les calamiteuses années 1769 et 1770. Et prie Dieu que cela ne se reproduise jamais dans les siècles à venir. En souhaitant que 2012 ne voit ni la grêle, ni les inondations.
Au passage, on peut remarquer le côté légèrement exagéré de l'histoire; si on en croit le curé, c'est un nouveau Déluge qui s'abattit sur Terre en 1770. Il y eut tout de même 9 morts. Mais de là à croire que toute l'étendue de la terre était sous les eaux...

Joyeux Noël et Bonne Année 2012, pleine de découverte!

Pouxeux

mardi 13 décembre 2011

La Mort

© AD 88 / Registres de Vienville
Lors que nous y pensons
le moins la mort nous
prend par la mains mais nous
deuvrions bien songer de peur
de ny estre attrapé car il no...

Bien philosophe, le curé de Vienville... En 1673, au bas d'une page du registre des décès, il écrit cette petit réflexion sur la mort. Malheureusement, il manque la fin du texte, il ne figure pas sur la page suivante.

jeudi 1 décembre 2011

La Nièvre en ligne

La Fermeté (Nièvre)

On l'attendait, on l'attendait... La mise en ligne était prévue pour courant novembre. Finalement, c'est le 30 novembre à 14h. que le département de la Nièvre a mis ses archives en ligne!
Le site est disponible ici. Il est plutôt facile d'utilisation, et les images sont de bonne qualité. Seul bémol: la principale source pour des recherches généalogiques, c'est à dire les registres d'état-civil et paroissiaux, ne seront mis en ligne qu'à partir de décembre et durant toute l'année 2012...
Il nous reste cependant les TD, les recensements, quelques inventaires, et surtout, une source originale, les déclarations de grossesse du XVIIIème siècle! On en souhaiterait presque trouver un ancêtre né de père inconnu, juste pour fouiller dans ces dosseirs...

Ce département me concerne car j'ai une branche qui s'y perd dès la fin du XIXème siècle. Dans le petit village de La Fermeté pour être précis. Mon Sosa n°23, Marthe DUMAS, née à La Fermeté en 1891, mariée dans les Vosges en 1910 et veuve de guerre en 1914. J'ai déjà retrouvé ses grands-parents au recensement de 1890 de La Fermeté. Vivement la mise en ligne des registres!


Recensement de 1890 / © AD 58

jeudi 24 novembre 2011

Tremblement de terre!

Acte de baptême de La-Chapelle-aux-Bois/ © AD88

Ce 12ème May 1682 fut bap. Catherine fille de François
Chassard et Catherine sa femme de la Chapelle il y a
eu pour [...] et parrain Claude Gadenol a la
place de Dominique Gadenol son fils et pour
marraine Marie fille de Claudel Chassard tous de
la dite Chapelle; et le mesme jour 12ème de may
1682 il sa faict a la pointe du jour des tramblemen
de terre très horrible et espouvantable qui ont
causez grand dommage dans l'eglise de ladte
chappelle et dans les maisons de la paroisse

Ce texte se trouve dans les registres paroissiaux de La Chapelle aux Bois, petit village du sud-vosgien.

C'est un acte de baptême assez classique, mais la suite l'est beaucoup moins. Il y est fait mention du tremblement de terre qui fut ressenti dans tous l'est de la France dans la nuit du 11 au 12 mai 1682, vers 2 heures du matin (à la pointe du jour, comme le dit le curé). Il fut même ressenti jusque Paris et Versailles, où Louis XIV fut sans doute tiré de son sommeil.

Aujourd'hui, il semble que l'épicentre de ce séisme se trouve à Remiremont, une ville à une vingtaine de kilomètres de la Chapelle aux Bois. D'après les experts actuels, il semble que ce séisme eu une magnitude de 8 sur l'échelle de Richter, ce qui le classe dans la catégorie des séismes importants. Pour comparaison, le récent séisme japonais qui fit 15.000 morts et dévasta la centrale de Fukushima était de 9.

D'après le curé, l'église fut très endommagée, mais il n'y eut aucune victime. Certaines descriptions de l'époque sont vraiment exagérées, notamment à Remirement, où certains décrivent des flammes immenses sortant de terre. En tout cas, il y eut des répliques dans les jours suivants, et les habitants de Remiremont restèrent dans les bois pendant 6 semaines... Les dégats furent estimés à 50.000 francs de Lorraine. Les dégats furent si importants à Remiremont que les habitants obtinrent de Louis XIV le droit de ne pas payer d'impôts pendant 6 ans. Un journal parisien écrivit même que 2 religieuses furent écrasées quand le bâtiment des Dames de Remiremont s'écroula: mais il faut être prudent, aucune trace de ces décès ne se retrouve dans les registres.

Quelques sites sur ce séisme:

L'église de La-Chapelle-Aux-Bois

lundi 21 novembre 2011

Jubilé 1682

Registres des Baptêmes 1664-1685 / © AD88

L'année mil six cent quattre
vingt et deux l'on a faict un
grand Jubillé par toutte la
Lorrainne qui dura quinze
journée - 1682

Trouvé dans les registres du petit village de Vienville, près de Corcieux dans les Vosges. Le curé y fait part d'un grand Jubilé qu'il y aurait eu en 1682.

- Jubilé:
* Fête qui célèbre à intervalles réguliers l'anniversaire joyeux d'un évènement dont les effets se prolongent dans le temps (règne, mariage, etc.). Généralement, un cinquantenaire.
* Dans la religion catholique, indulgence plénière, solennelle et générale, accordée par le Pape en certains temps et en certaines occasions.

Reste à savoir à quelle définition se rapporte le Jubilé de 1682.
La première? En 1682, en France, Louis XIV était roi depuis 39 ans; en Lorraine, Charles V était duc depuis 7 ans. C'est un curé qui écrit ce texte, peut-être le Jubilé de l'Évêque? Mgr. Jacques de Fieux était Évêque de Toul depuis 6 ans. À priori, il ne s'agit donc pas de la 1ère définition.


Innocent XI (1611-1689)

Il s'agit donc de la définition religieuse. En effet, en mars 1682, le Pape Innocent XI décrète un Jubilé Universel, qui dure 15 jours. Le but de ce Jubilé est de "maintenir la Paix entre les Princes chrétiens". Il faut dire qu'à l'époque, le Roi-Soleil s'est allié aux Ottomans musulmans contre l'Empire d'Autriche, et que le lendemain du début du Jubilé, le Clergé du Royaume de France adopte la Déclaration de Quatres Articles, rédigée par Bossuet, et prônant le gallicanisme face au Pape...

La célèbre Mme. de Sévigné fait référence à ce jubilé dans une de ses lettres, lisible ici. On y apprend que ce Jubilé se déroula du 18 mars au 31 mars 1682, et qu'il fut fêté dans toute la France, et surement dans toute l'Europe... et même dans le petit village de Vienville!

Église Saint-Jacques à Vienville / © michel88 sur Panoramio

Sources:
-AD en ligne des Vosges
-Wikipedia

lundi 31 octobre 2011

Le Doyen (3)

Nouveau record battu dans mon arbre généalogique: j'ai trouvé un nouveau doyen (l'individu ayant vécu le plus longtemps).

Il y eut d'abord Pierre Michel POUTAS, Normand né en 1738 et mort à l'age de 86 ans et 5 mois.
Il y eut ensuite François BIGEY, Haut-Saônais né en 1774 et mort à l'âge de 88 et 2 mois.
Il y a maintenant Nicolas GÉRARD, que je vais présenter

Signature de Nicolas GÉRARD / © AD 88

Nicolas GÉRARD est mon Sosa n°558. Il est né le 23 septembre 1700 à Vagney, au pied des Vosges, fils de Dominique GÉRARD et Jeanne LA SAUCE. Il n'est pas leur premier enfant: il a par exemple un grand frère, Claude, né en 1688 (j'y reviendrai plus tard).

En 1724, Nicolas part à Rupt-sur-Moselle, à quelques kilomètres de chez lui, pour se marier à Marie ANDREUX. Au total, ils ont 16 enfants, comme indiqué sur l'acte de décès de Marie en 1780. Son mari Nicolas lui survit. Lui qui est né en 1700, sous le règne de Louis XIV, il s'éteint le 7 ventôse an II, à l'âge de 93 ans, 5 mois et 2 jours, en pleine période révolutionnaire.

Mais Nicolas GÉRARD eut une vie très simple, presque banale. Un mariage sans doute heureux, de nombreux enfants, et une vie loin d'être miséreuse. Bref, rien de surprenant. Il était laboureur. Mais c'est en étudiant sa famille que j'ai découvert quelque chose de plus surprenant.

Baptême de Nicolas GÉRARD en 1700 / © AD88

En effet, première nouvelle: le père du petit Nicolas était greffier du Ban de Vagney. Une fonction juridique qu'on ne se prépare pas à trouver quand on étudie une famille de laboureurs. Sous l'Ancien Régime, l'office de greffier pouvait s'acheter. S'il était reservé à la noblesse au Moyen-Âge, petit à petit, les gros laboureurs et les bourgeois y accèdent. C'est le cas ici avec Dominique GÉRARD, qui a surement acheté sa charge. À cette époque, un greffier s'occupe de la gestion administrative des tribunaux, convoque la population et rédige les comptes-rendus. Il s'occupe aussi de la gestion des archives.

Un poste respectable qui devait faire une certaine impression sur les voisins. Dominique GÉRARD a un fils avant Nicolas, qu'il appelle Claude. Ce Claude GÉRARD part vivre en Alsace, à Masevaux, où il épouse une fille du pays. Il a à son tour des enfants, par exemple en 1729, il donne naissance à un certain Conrad-Alexandre GÉRARD.

Conrad-Alexandre GÉRARD est donc le neveu direct de mon Nicolas GÉRARD. Se sont-ils déjà rencontrés? C'est possible. Mais vu le destin de Conrad-Alexandre, ce serait étonnant. En effet, Conrad-Alexandre GÉRARD, grand diplomate de Louis XVI, est le premier Ambassadeur de France aux États-Unis.

Conrad-Alexandre GÉRARD / © Cosmeo

Grand diplomate, il accueillit lui-même la jeune Marie-Antoinette d'Autriche en France en 1770, future Reine. En 1778, il signa avec Benjamin Franklin le traité dans lequel la France reconnaît l'indépendance des USA. La même année, il est anobli comte de Munster par Louis XVI. Mon ancêtre est l'oncle d'un comte! L'a-t-il jamais su?

En tout cas, de belles découvertes en perspective sur cette branche. Je ne m'y attendais absolument pas en travaillant sur Nicolas GÉRARD. Comme quoi, la Généalogie réserve toujours des surprises!


Sources:

mardi 25 octobre 2011

Une grande famille

Acte de sépulture de Marie Gérard / 1780, Rupt-sur-Moselle

L'Épange -
L'an mil sept cent quatre vingt le quinze janvier est décédée
à l'Épange, munie des Sacremens de l' Eglise, Marie Andreux,
femme de Nicolas Gérard laboureur au dit lieu, agée de
soixante et dix huit ans, se voyant après cinquante cinq ans
trois mois de mariage, mère de seize enfants, grand-mère de
cinquante-trois, et grand-grand-mère de vingt-deux. Le lendemain
son corps a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse en
présence de son mary et du Nicolas Gérard son fils qui ont signé.


C'est la première fois que je vois un acte de ce genre. Et par chance, Marie ANDREUX fait partie de mon arbre (Sosa n°559).

L'autre avantage, c'est que le curé situe la date du mariage de Marie ANDREUX et Nicolas GÉRARD vers octobre 1724. C'est un renseignement précieux, car le registre des mariages de Rupt des années 1720 et 1730 a disparu...

Au total, le curé (qui s'appelle GÉRARD aussi) dénombre 16 enfants, 53 petits-enfants et 22 arrières-petits-enfants, ce qui fait une descendance de 91 personnes! Du boulot en perspective pour tous les retrouver!


Sources: AD des Vosges

lundi 24 octobre 2011

Quelques signatures

En attendant la mise en ligne prochaine des Archives de la Nièvre, prévue pour novembre, et pour rebondir sur un article de La Gazette des Ancêtres concernant les signatures de nos ancêtres, je fais cet article pour suivre une famille de ma généalogie, les Mangin, à travers 5 générations.

Dès qu'on atteint le XIXème siècle, il est difficile de matérialiser concrètement nos ancêtres. Les photos sont très rares, et les descriptions qu'on peut avoir d'eux sont généralement floues. Les signatures nous permettent d'être directement "en contact" avec eux, ou du moins de connaître un peu leur personnalité. Une signature, c'est un peu de leur intimité.


Née en 1791 à Uzemain (Vosges), décédée au même endroit en 1861, à l'âge de 70 ans. Mariée 2 fois, mère de 9 enfants.
Nous sommes au XIXème siècle, dans un milieu de petits propriétaires paysans. C'est une femme, et pourtant elle sait signer. Mais la signature reste tremblante, et on devine bien que Marie Magdelaine avait une connaissance très limitée de l'écriture. C'est d'autant plus frappant quand on voit la signature de son père.



Son père, Vincent, était charron. Né en 1767, mort en 1841 à 73 ans, il a toujours vécu à Uzemain. Marié pendant la Révolution, Marie Magdelaine est la première de ses 11 enfants.
De sa signature, on repère tout de suite qu'il était familier de l'écriture. Les lettres sont bien faites, le tracé est régulier, il y a même une petite "décoration" après le "N" de la fin. Il savait sans doute lire et écrire. En comparant avec sa fille, on devine que les filles et les garçons n'avaient sans doute pas la même éducation...



Né en 1730 à Uzemain et mort à 54 ans en 1785. Il était laboureur. Marié une fois, je lui ai retrouvé 8 enfants pour l'instant. Son fils Vincent était le cinquième.
Comme son fils, il n'écrit que l'initiale de son prénom. Comme son fils, il met un point après cette initiale. Sauf que lui, il relit le "J" de "Jacques" avec le reste de son nom, en un seul trait de plume. Les autres lettres sont bien tracées, chacune à la fois, comme s'il s'était appliqué pour écrire chacune d'entre elle. Peut-être n'avait-il pas l'habitude d'écrire? En tout cas, il avait quand même de solides bases, même si son fils semble mieux maîtriser l'écriture.


Né en 1706 à Charmois-l'Orgueilleux (Vosges), il meurt en 1754 à Uzemain, à 48 ans seulement. C'est lui qui a installé la famille Mangin à Uzemain. Marié une fois, il a 8 enfants, dont Jacques est le premier.
Bien que s'appelant Jean Blaise, il ne signe que de Jean. La raison? Son père s'appelle également Jean Blaise... La signature de Jean est plus maladroite que celle de ses descendants. Il était également laboureur, mais au début du XVIIIème siècle, la maîtrise de l'écriture était sans doute moins répandue chez le petit peuple. N'empêche qu'il signe quand même d'une façon assez sûre: il devait savoir lire et écrire.


Né vers 1677, il meurt en 1733 à Charmois-l'Orgueilleux, âgé de 56 ans. Il a donné son prénom à son fils.
Sa signature est très approximative. Il fait des pâtés (mais bon, on imagine très bien que le maniement d'une plume d'oie ne doit pas être très facile!), et il n'écrit pas très droit. Les traits sont maladroits, on sent qu'il ne devait pas se servir d'une plume tous les jours. C'est peut-être ce genre de signature qui est le plus touchant, de s'avoir qu'un homme a fait de son mieux pour faire une belle signature. Il est mort il y a près de 3 siècles, et pourtant on l'imagine accrochant le papier de la feuille avec la plume, parce-qu'il la tient mal en main.


jeudi 22 septembre 2011

Citations bibliques

Trouvé dans les registres paroissiaux du village de Cornimont, au coeur des montagnes vosgiennes, ces 2 citations bibliques, ainsi que ce dessin.


La première citation se trouve à la fin du registre des Sépultures de l'année 1766. Elle est accompagnée d'un dessin. Elle est en latin, alors que le reste du registre est bien en français.

"Sublevabis de corruptione vitam meam
Domine Deus meus
Jonæ Cap.II V.7
"

Il s'agit d'une citation issue de l'Ancien Testament, plus précisément du Livre de Jonas, Chapitres II, Verset 7. Oui, c'est bien le même Jonas que celui qui finit dans le ventre d'une baleine. D'ailleurs, la citation provient du moment où Jonas, dans le ventre de sa baleine, envoie une prière à Dieu. Dans la Bible en français, elle est traduite ainsi: "Seigneur mon Dieu , tu débarrasseras ma vie de la corruption". Mais le curé l'a un peu transformée, et dans ce registre, elle se traduit ainsi:

"Par la mort, Dieu débarrasse l’homme du poids du monde, de la corruption, (c’est-à-dire du péché), et lui ouvre les portes du Paradis"

Quant au dessin, il représente un catafalque, avec tous le matériel nécessaire au curé pour permettre au défunt d'être sûr d'entrer au Paradis: une petite marmite contenant de l'eau bénite, et un goupillon pour asperger l'eau bénite sur le cercueil, le tout encadré par 4 cierges. Même si le curé ne maîtrisait apparemment pas l'art de la perspective, son dessin reste quand même touchant, avec près de 250 ans de distance!


La deuxième citation provient du Registre des Baptêmes de l'année 1766. Pas de petit dessin cette fois, simplement ce texte:

"Corona senum filii filiorum
et gloria filiorum patres eorum
Proverb: Cap. XVII V.6"

Toujours issu de la Bible, cette fois du Livre des Proverbes, également dans l'Ancien Testament (chapitre 17, verset 6). On peut la traduire ainsi:

"Les parents tirent leur gloire de leur descendance , et les enfants de leurs ancêtres."

Décidément, ce curé était d'humeur poétique en cette fin d'année 1766!


Sources:

vendredi 16 septembre 2011

Une épine de la fin du XIXème siècle

Présentation d'une petite épine généalogique qui, sans me bloquer dans mes recherches, me chatouille bien le pied quand même!

Elle concerne Marie Marguerite DUPOIRIEUX (Sosa n°215). Fille de Jean-Nicolas DUPOIRIEUX et de Marie Marguerite FINEL, elle nait en mars 1814 à Pierrefitte, petit village de la plaine des Vosges. Son père descend d'une longue lignée d'instituteurs remontant à la fin du XVIIème siècle. Sa mère est simplement dentellière.

Signature de Marie Marguerite DUPOIRIEUX / (c) AD88

Marie Marguerite DUPOIRIEUX se marie dans son village en 1836. Elle a 22 ans, son futur également. Il s'appelle François HENRIOT et il est vigneron. Ils vont vivre 43 ans ensemble, jusqu'au décès dudit François en 1879. Elle a 65 ans, et jusque là, j'ai réussi à retracer sa vie. C'est après que ça se complique. Pas moyen de la suivre, et impossible de savoir où et quand elle est morte. La dernière trace que j'ai d'elle date de 1896, elle avait alors 81 ans.

Il faut procéder comme dans une enquête, et explorer toutes les pistes afin de la retrouver. De sa naissance en 1814 au moment où je perds sa trace en 1896, elle a toujours habité à Pierrefitte. Mais peut-être qu'en vieillissant, devenue veuve, elle est allée vivre chez un de ses enfants dans un autre village? Le seul moyen de le savoir est de faire la liste de tous ses enfants, de les retrouver et de voir qu'elle était leur situation au tournant du XXème siècle.


Pierrefitte, dans les Vosges / (c) Google Earth

De son mariage avec François HENRIOT en 1836 sont nés:

* François Arsène - Né en février 1837, soit 5 mois seulement après leur mariage. Il meurt à 11 mois.

* Marie Éloïse - Née en mars 1838. Elle se marie en 1868 avec un gars du village, Alexis GRANDJEAN. Elle meurt prématurément en mettant au monde la première fille du couple, le matin du 20 juin 1870. La petite ne survivra pas non plus.

* Marie Marguerite Félicité dite Phélie - Née en avril 1839. Elle sera la première fille que le couple mariera, en 1861. L'heureux élu est François-Xavier MATON, originaire de Valfroicourt. En 1896, elle est toujours vivante, et en 1906 elle est encore présente au recensement de Valfroicourt. Peut-être sa vieille mère s'est-elle réfugiée chez elle à Valfroicourt?

* Marie Rosalie Virginie, mon ancêtre - Née en avril 1841. Mariée en 1867 à Pierrefitte avec Jean Dominique Joseph GUYOT. Elle meurt en 1894 à Pierrefitte, elle n'a donc pas pu héberger sa mère après 1896.

* Marie Augustine - Née en décembre 1842, elle meurt à l'âge de 6 mois.

* Marie Léonie et Marie Joséphine - Deux petite jumelles nées en février 1842. La première ne vit que 3 jours et la seconde ne dépasse pas 2 jours de vie.

* Marie Catherine Eugénie - Née en février 1845, elle ne vit qu'une semaine. C'est la 4ème petite fille de suite que le couple doit enterrer, en moins de 3 ans.

* Marie Joséphine - Née en mars 1846. Encore une fille! Mais celle-ci survit. Elle se marie une première fois en 1872 avec un homme de l'âge de son père, Nicolas DELACHAMBRE, capitaine en retraite... Mais elle était enceinte de lui, et elle accouche 2 mois seulement après le mariage. Le mari meurt rapidement, et elle se remarie en 1886 avec François Céleste PETITDEMANGE, originaire de Ville-sur-Illon, un gros bourg du coin. Peut-être allé voir de ce côté?

* François Paul - Né en septembre 1847, c'est le premier garçon du couple qui survit plus d'un an. Malheureusement, il a 22 ans quand la guerre de 1870 éclate, et il est envoyé au combat... Engagé dans les Gardes-Mobiles des Vosges, il tombe malade en décembre 1870 sur les bords de la Loire, alors que les Prussiens viennent de prendre Orléans. Il meurt à l'hôpital militaire de Nevers en janvier 1871, après un mois de fièvre typhoïde. Sa famille ne sera prévenue qu'en mai. Il était célibataire. Son nom a été gravé sur le Monument aux Morts de la Guerre de 1870-71 de la ville de Darney, regroupant tous les morts du canton tombés au combat.

Monument 1870-71 de Darney (Vosges)

* Marie Charles Céleste - Né en décembre 1849. Et oui, il s'agit bien d'un homme! Bien sûr, dans la vie de tous les jours, il se faisait appeler Charles. Quelle idée de donner Céleste comme prénom à un petit garçon. Il se marie en 1877, mais il n'a pas d'enfant. C'est lui qui héberge sa mère après la mort de son père. En 1896, elle vit encore chez lui, avec la femme de son fils et la mère de celle-ci. Au recensement de 1901, Marie-Marguerite DUPOIRIEUX a disparu. Ce qui me laisse croire qu'elle est morte entre 1896 et 1901. Pourtant, aucune trace de son décès dans les registres de Pierrefitte.

Recensement de 1896 à Pierrefitte

* Marie Stéphanie - Née en février 1852. Elle meurt sans s'être mariée en janvier 1871, à 18 ans seulement. Peut-être à cause des difficultés dues à la guerre?

* Marie Eugène Alfred Elysée - Né en juin 1855. Dernier enfant du couple. Heureusement, parce-que les prénoms choisis étaient de plus en plus étrange! Le petit se fera simplement appelé Alfred. Il se marie en 1874 avec une fille du village. Ils ont 2 enfants, dont un seul survit, puis ils partent vivre à Paris. Mais en 1882, il est de retour chez sa mère, où il meurt à l'âge de 27 ans seulement. Il était parti à Paris pour avoir une vie meilleure, mais il n'a pas réusi à trouver un travail. Impossible de savoir qu'elle était son adresse à Paris, j'ai cherché dans tous les arrondissements, aucune naissance ne correspond.


=> Le couple François HENRIOT - Marguerite DUPOIRIEUX a eu 13 enfants. 8 ont atteint l'âge adulte, et en 1896, dernière date où j'ai rencontré Marguerite DUPOIRIEUX, 3 seulement étaient en vie:
- Phélie, qui vivait à Valfroicourt. Aucune trace de sa mère là-bas, ni dans les registres ni dans les rencencements.
- Charles, resté à Pierrefitte. C'est là que sa mère a été vu pour la dernière fois, en 1896: elle habitait chez lui. Plus rien ensuite.
- Joséphine, la dernière en vie. Avec son mari, dans le bourg de Ville-sur-Illon. Et surprise, c'est là que je retrouve la trace de Marguerite! Le 16 mai 1898, Henri Alfred DELACHAMBRE vient déclarer la mort de sa grand-mère Marie-Marguerite DUPOIRIEUX, décédée la veille.

Et voilà qu'après des mois, je retrouve enfin celle dont j'avais perdu la trace et dont je m'étais fait à l'idée de ne jamais la retrouver. Comme quoi, un peu de méthode, ça aide! Et ça m'a permis de découvrir que cette famille n'avait pas eu une vie facile, entre celui mort à la guerre et son frère ayant raté sa nouvelle vie à la capitale.


Acte de décès de Marguerite DUPOIRIEUX / © AD88

Cela en fait la Doyenne féminine de ma généalogie: 84 ans, 1 mois et 19 jours.

vendredi 9 septembre 2011

Une heureuse rencontre

Entrée de Charmois-l'Orgueilleux / (c) Google Earth

Charmois-l'Orgueilleux, petite commune vosgienne coincée entre la Vôge et les Monts Faucilles. C'est dans ce village que mes recherches m'ont conduit. En effet, je me suis aventuré dans les registres paroissiaux du lieu, pour essayer de retrouver l'acte de décès de Joseph AUBERT, mon Sosa n°540. J'avais déjà réussi à dater sa mort entre 1763, où il était présent au mariage de son fils, et 1775, date de la mort de sa femme dans un village voisin, où elle est déclarée comme veuve.

Une échelle de 12 années, dans un petit village, normalement retrouver son acte de décès devrait être rapide. Je commence donc à éplucher les actes à partir de 1763. Ma tâche est d'autant plus facile que le curé a eu la bonne idée de noter le nom du décédé dans la marge.Je recherche Joseph AUBERT, et pourtant c'est un autre acte qui capte mon regard dans l'année 1765.

Acte de décès de Marie-Anne NEL / (c) AD 88 en ligne

Marie NEL, décédée le 25 août 1765. À priori, rien à voir avec mon Joseph AUBERT. Et pourtant, le nom "NEL" me tape dans l'oeil. Une rapide recherche sur mon arbre Généanet m'indique Marie Anne NEL, mon Sosa n° 269.

Il y a quelques temps déjà, j'avais cherché son acte de décès, sans jamais le trouver. Je savais juste qu'elle était décédée dans les années 1760. Son mari, Jean JOLY, est mort à Bains-les-Bains, une ville assez éloignée de Charmois, en 1767. Ses enfants étaient nés à Dommartin-les-Bois. Bref, rien n'indiquait qu'elle ait vécu ni même traversé Charmois-l'Orgueilleux. Cette découverte tient uniquement au hasard de mes recherches, j'aurais pu totalement passer à côté de cet acte si je n'avais pas eu Joseph Aubert.

En tout cas, je suis bien content d'avoir retrouvé Marie-Anne NEL. D'autant plus que je ne savais presque rien sur elle, sinon qu'elle s'était fiancée en 1742. C'est ça le problème avec les familles qui bougent beaucoup, les suivre s'avère souvent très difficile. De plus, aucun doute sur son identité, c'est bien "ma" Marie-Anne, puisque son mari sur l'acte est bien Jean JOLY, et que sa signature est identique à celle que j'avais déjà.

Et vous, avez-vous déjà eu ce genre de découverte? Trouver quelqu'un alors qu'on cherchait une autre personne n'ayant rien à voir, c'est toujours plaisant, même si c'est surprenant.

(Pour la petite histoire, Joseph AUBERT est bien mort à Charmois le 15 novembre 1774, à l'âge de 85 ans).



La Cabane de l'Étang à Charmois / (c) Brignon (Panoramio)

lundi 25 juillet 2011

Soldat de l'An II

Transcription du décès de Dëvoille Jean-Claude / AD 70

Décidément, mes ancêtres de Haute-Saône feront tout pour me surprendre. Après avoir découvert un ancien médaillé de Sainte-Hélène (c'est à dire ancien soldat de la Révolution et de l'Empire toujours vivant en 1857), me voici face à un Soldat de l'An II mort... pendant l'An II.

Jean-Claude DËVOILLE, mon Sosa n°892, naît dans le village franc-comtois de Corbenay le 5 août 1759. Il se marie à l'âge de 25 ans, en 1784, avec une fille de son village. Ils ont d'abord trois enfants, dont aucun ne survit. Puis vient la Révolution. La vie change-t-elle pour le couple? Je ne sais pas. Je sais juste qu'ils ont un petit garçon en octobre 1791, nommé François. Celui-ci survit. Mais il n'est encore qu'un nouveau-né que son père doit partir à la guerre: La République l'appelle.

Acte de décès de l'an II / AD 35

Malheureusement pour lui, il est envoyé dans les combats face aux Chouans dans la Guerre de Vendée. Je n'ai pas encore réussi à retracer son parcours, je sais juste qu'il est mort à l'Hôpital militaire Saint-Nicolas de Fougères, en Bretagne, le 12 pluviôse an II (31 janvier 1794). La situation de Fougères à cette époque devait être très violente: quelques semaines après sa mort, je trouve dans les registres de l'hôpital l'histoire d'un groupe de 5 ou 6 personnes tués sur les routes par "une bande de Brigands", les Chouans. Et tout le registre est parsemé de ce genre d'histoire, en plus des soldats morts loin de chez eux. Un lien? Quelques mois plus tôt, en novembre 1793 eu lieu la Bataille de Fougères, qui se termina par la victoire des Vendéens.

Sur cet acte de décès, on apprend que Claude Desvoiles (sic) était fusilier au 6ème Régiment d'Infanterie, Compagnie de Quetelle. Avant la Révolution, ce Régiment s'appelait le Régiment d'Armagnac. Son uniforme était blanc et bleu. Pourtant, Jean-Claude Dëvoille venait d'une région opposée à l'Armagnac. Comment a-t-il atterri dans ce régiment? Quelle était la vie d'un fusilier? Comment était composée et quelle est l'histoire de la Compagnie de Quetelle? Beaucoup de recherches à faire pour répondre à ces questions.

Uniforme du Régiment d'Armagnac (6ème RI)

En tout cas, Jean-Claude est mort. Il était rentré à l'hôpital 8 jours plus tôt, le 4 pluviôse. De maladie ou à cause d'une blessure? Son acte de décès ne sera retranscrit dans sa commune de naissance que le 15 frimaire an VII, soit près de 5 ans plus tard. Est-ce à cause des lenteurs de l'administration? Sa jeune veuve a-t-elle été prévenue avant? Elle se remariera et ne meurt qu'en 1832.

Jean-Claude DËVOILLE n'avait que 34 ans. Il est mort pour la République. Il était volontaire, il croyait peut-être à ces nouvelles idées de Liberté et d'Égalité. Il ne me reste qu'à retracer son parcours à travers les archives de la période révolutionnaire.


La République nous appelle,
Sachons vaincre, ou sachons périr.
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir.

Le Chant du Départ, 1794.


Sources: